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Reïna

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Age : 80
Localisation : Toulon
Date d'inscription : 04/01/2010

MessageSujet: Une nouvelle...   Sam 16 Jan - 21:48

Une route, une nuit…








Le sentier s’étire,
long et tortueux. Ma voiture commence à donner des signes de fatigue et le
niveau d’essence baisse de plus en plus. Me serais-je trompée de route ?
Mais comment faire pour retrouver la bonne ? Aucune voiture ne me double,
d’ailleurs elle n’aurait pas la place ; aucune maison aux alentours… Le
temps s’égrène rapidement et lentement à la fois. Constamment, je pose les yeux
sur ma montre et l’aiguille des minutes semble avancer au ralenti. Je la porte
à mon oreille et son tic-tac me rassure, elle continue de fonctionner. Je
devrais moins la consulter sinon je vais l’user et, pour me narguer, elle va
finir tout comme la voiture à rendre l’âme. Le temps me paraît interminable et
pourtant le soleil commence à disparaître derrière l’horizon. Il ne manquerait
plus que la nuit survienne avant que je n’arrive dans un endroit civilisé… La
voiture fait entendre un drôle de bruit, le moteur semble être pris de hoquet,
chaque tour de roue me secoue comme un prunier. Je panique sérieusement, mes
mains sont moites sur le volant, ma gorge se serre et un étau appuie sur ma
poitrine. Ma vue se brouille, des larmes de rage, de peur ? Le stress qui
prend le dessus ? Si je m’arrête quelques instants, pourrais-je redémarrer
mon Austin ? Vais-je être condamnée à
passer la nuit sur cette route perdue ? Comment demander de
l’aide ? Bien entendu, mon portable est déchargé et je ne sais même pas si
la communication passerait dans ce coin… Encore une fois, j’ai fait preuve de
négligence. Mon estomac crie famine. Des crampes me rappellent que je n’ai rien
avalé depuis ce matin six heures. Pourquoi me suis-je entêtée à ne pas vouloir
m’arrêter dans ce petit relais rencontré sur mon chemin ? Il ne
m’inspirait pas confiance, je voulais gagner du temps et, persuadée qu’il ne me
restait que quelques kilomètres à parcourir, j’ai laissé filer la voiture. Mais
voilà, à ce moment-là, je pensais très sérieusement être sur la bonne route et
je ne sais vraiment pas comment je me suis perdue…



D’habitude je suis
d’un naturel plutôt courageux, courageux peut-être, mais pas téméraire !
La nuit descend de plus en plus son voile opaque, bientôt l’obscurité
m’enveloppera complètement. Quelle idée lumineuse pourrait éclairer et mon
chemin et mon cerveau ? Quelle décision prendre ? Les battements de mon
cœur s’accélèrent lorsque je n’ai plus à me poser de questions, la voiture
définitivement stoppée dans un dernier sursaut…



J’ouvre en
tremblant la portière et vais prendre dans le coffre, la lampe électrique et
une couverture qui s’y trouvent toujours là, au cas où… Je retourne m’asseoir
derrière mon volant qui ne m’est plus d’aucune utilité et m’effondre en larmes,
les jambes en coton, claquant des dents malgré la sueur qui perle à mon front.
Je tourne le bouton de la radio pour entendre du bruit, une présence, peut-être
aurai-je une indication quant à l’endroit où je me trouve. Une musique bruyante
me casse les oreilles, je change de station et tombe sur des informations avec
leur lot de catastrophes, d’horreur, de misère. Mes sanglots redoublent, je
n’ai pas envie de continuer à chercher quelque chose de plus apaisant. J’éteins
la radio. Je fouille dans mon sac de voyage comme si miraculeusement j’allais y
découvrir la lampe d’Aladin. Des mouchoirs en papier, ceux-là vont m’être
utiles, je mouche mon nez et continue à farfouiller dans mes bagages, trois
morceaux de sucre, que font-ils là, je les croque avec avidité, manquant de
m’étouffer. Qu’ai-je fait de mon thermos ? Ma lampe balaie le contenu du
sac et je le retrouve, coincé entre un livre qui ne pourra pas me réconforter
vu la noirceur qui m’entoure, et ma trousse de toilette, elle aussi inutile,
pas une goutte d’eau pour me rafraîchir… Bien sûr, le thermos est vide !
J’ai bu la dernière tasse de café après avoir dépassé le relais. J’aurais dû m’arrêter
pour acheter une bouteille d’eau minérale et une tablette de chocolat. Mais mon
impatience m’a mise dans cette situation inextricable. Et c’est à cet instant
que j’ai machinalement changé de route croyant prendre un raccourci… Une petite
voix me souffle à l’oreille : « Le chemin le plus court n’est pas
toujours le meilleur ». Il ne manque plus que Mister Gémini criquet joue
au moralisateur !



Je me rappelle
avoir mis dans mon sac une ou deux cassettes de relaxation. Tout le contenu est
mélangé, un vrai méli-mélo et tout au fond, merci mon Dieu, une cassette. C’est
pour moi comme une bouée de sauvetage, j’ai l’impression d’avoir la tête hors
de l’eau et de mieux respirer. Je la mets en marche, ferme les yeux pour mieux
me détendre et laisse la musique m’emporter. Un bruit de cascades me berce, des
chuchotements du vent dans les branches soulagent mon front, les gazouillis des
oiseaux me font un concert, et petit à petit mon cœur retrouve son rythme, mes
membres se décontractent, ma gorge se dénoue…



J’entrevois une mer d’un bleu limpide, aucune
vague, juste de temps en temps quelques légers remous pour ne pas oublier que
la mer est en perpétuel mouvement. Je m’enfonce doucement dans un bien-être
réparateur, une somnolence m’envahit et ma peur s’envole. Je flotte légère,
laissant ruisseler l’eau dans tout mon corps, entraînant avec elle, toutes les
opacités, toutes les complexités. C’est une sensation étrange, insolite que je
n’avais jamais encore ressentie. Au fur et à mesure que la musique se déroule,
tout se mêle, les sons, les parfums, les visions. Je suis emportée dans un
tourbillon de plénitude, de sérénité. La cassette s’arrête et se rembobine
toute seule. J’ai toujours les yeux fermés et je la laisse repartir pour un
tour. Elle me protège, me préserve de cette nuit qui est devenue une amie. La
lune au disque d’argent, déesse de la nuit
veille sur le Terre et berce mes rêves. Pas un bruit au-dehors. La
couverture enveloppe tout mon corps et, recroquevillée dans l’attitude du
fœtus, je remonte le temps, juste avant la vie, lorsque j’étais bien au chaud
et en sécurité dans le cocon maternel. Peu m’importe le temps qui s’écoule, le
jour finira bien par se lever, un jour nouveau.


Ce moment présent, je le savoure comme si
demain ne devait jamais arriver ! Hier est déjà du passé et me rappelle
que le bonheur peut faire de l’avenir un lumineux chemin d’espoir. Demain, avec
des yeux nouveaux, avec au cœur une chaude lumière, je sais que forcément, je
retrouverai mon chemin, celui que je n’aurais jamais dû quitter… Les vapeurs de
l’aube s’évaporent petit à petit. La Terre respire. Bonjour aujourd’hui
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