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 LA REVOLTE DES VENTS EN OLYMPIE...

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Reïna

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Age : 80
Localisation : Toulon
Date d'inscription : 04/01/2010

MessageSujet: LA REVOLTE DES VENTS EN OLYMPIE...   Lun 6 Sep - 9:13

La
Révolte des Vents en Olympie





















« Quoi ? Que se
passe-t-il ? Quel boucan ! Je ne m’entends plus souffler ». Et
une espèce de grosse boule énorme sortit en trombe de son bureau sans s’arrêter
de souffler de plus en plus fort comme à chaque fois qu’il était en colère… Ses
colères étaient connues et faisaient trembler tout l’Olympie. Malgré son
apparente lourdeur, il avançait à grands pas et avec beaucoup d’aisance suivie
de la gentille brise qui essayait de le tempérer : « voyons Eole,
calme-toi, tu vas avoir une attaque ! »



Il ne l’écoutait même pas,
t’endant l’oreille au fur et à mesure qu’il se rapprochait de l’endroit d’où
lui parvenait ces soufflements qui faisaient trembler les vitres et les
tableaux pendus aux murs. La petite brise le suivait aussi vite qu’elle
pouvait, craignant le pire. Enfin, après avoir traversé d’interminables
couloirs, ils arrivèrent devant une pièce d’où des soufflements terrifiants
firent stopper le Dieu des vents lui-même, se demandant s’il était arrivé
quelque malheur dont on aurait oublié de l’en avertir. Il se décida à ouvrir
brutalement la porte en poussant le plus fort soufflement qu’il avait en sa
possession. La petite brise se garda bien d’entrer ; elle aurait été
emportée comme un fétu de paille. Le calme ne revint pas pour autant. Une table
immense d’une longueur, une longueur, je ne saurais le dire ; il m’aurait
fallu des mètres et des mètres pour la mesurer. Autour de la table cent-vingt
vents continuaient à souffler tous en même temps. Comment arrivaient-ils à
communiquer et à se comprendre ? Eole coupa sa respiration et souffla d’un
seul coup. Instantanément, le silence se fit et seulement les vents se
rendirent compte de la présence de leur Dieu…



« Une réunion ?
Sans moi ? Elle n’était pas à l’ordre du jour que je sache ! Qui peut
m’expliquer cette agitation ? Zeus, depuis ses appartements doit être
furibond… Je suis son ami, mais il ne faut pas dépasser les bornes. Êtes-vous
subitement devenus tous fous ? Alors à présent personne ne parle. J’exige
sur le champ de connaître la raison de…de…je ne trouve même pas les mots pour
qualifier votre attitude.



Une voix, tout au fond de
la salle, s’éleva : « nous nous avons des revendications à vous
soumettre »



« Qui a parlé ?
Tu pourrais te nommer, mais j’ai reconnu ta voix. Des revendications ?
Voilà qui est nouveau… C’est une sorte de grève que vous m’offrez là ?
Allez Barber, tu sembles pour l’instant le plus courageux, continue, je
t’écoute ».



Le vent violent du Canada
ne souffla mot….



« Ah, je vois dit
Eole, courageux, mais pas téméraire. Et de qui vous tenez le mot
« revendications » ? De ces humains, qui ne sont jamais
contents de leur sort ? »



Enfin, Eole se laissa
tomber sur son trône, de plus en plus furieux. Pendant cette accalmie, la
gentille petite brise fit son entrée et toucha légèrement l’épaule de son
maître. Elle était la seule capable à le calmer un peu. Cette fois, il ne se
rendit même pas compte de sa présence.



« Allez, je n’ai pas
que ça à faire. Qui se décide à parler » ?



Borée, le vent du nord qui
personnifie un des quatre vents directionnels, leva timidement le doigt.



« Vas-y, je
t’écoute ; sois bref et concis.



« Nous voulons un
jour de congé par semaine ».



Eole partit d’un grand
éclat de rire qui fit trembler la pièce entière : vous voulez ? Vous
voulez quoi ? Un jour de congé par semaine ? En voilà une idée
qu’elle est bonne ! »



Et reprenant son sérieux,
il se tourna vers Cers, vent du nord sec et froid qui souffle en hiver sur le
Massif Central, et qui est son homme à tout faire, son secrétaire, son
confident : « alors, toi aussi tu complotes contre moi. Explique,
ensuite nous règlerons nos comptes toi et moi.



« Nous sommes
fatigués de toujours souffler, jour et nuit. Nous voulons avoir le droit d’un
peu de repos. Il n’y a rien contre toi, mon cher maître, mais comprend-nous…



« Que je vous
comprenne ! Vous oubliez que vous êtes mes sujets, mes enfants, je dirais
plus mes esclaves (des murmures tonitruants se firent entendre), oui, à partir
d’aujourd’hui, vous serez mes esclaves ! Je vous ai trop cajolés et vous
osez vous retournez contre moi… Est-ce que je me repose, moi ? Je vous ai
mis au monde, vous ai éduqué, formé, appris votre métier, celui de souffler aux
quatre coins de la planète ; et voilà comment vous me récompensez. Je ne
veux plus rien entendre, rien, comprenez-vous ? Plus un mot. Retournez
vite fait à vos occupations. Je vous donne un quart d’heure pour vider les
lieux ».



Et Eole, dignement sorti
de la pièce suivi de la gentille brise qui était bien malheureuse pour ses amis
les autres vents. Elle avait une préférence pour Chamsin, le vent de sable en
Egypte ; Kaikias, vent dans la mythologie grecque ; Loo, vent
indien ; Ponant, vent d’ouest dans le midi ; Revolin, ce vent qui
tourne lorsqu’il rencontre un obstacle ; Zéphir, vent doux et agréable… Ô,
il y en avait encore plusieurs mais elle ne prit pas le temps de réfléchir plus
longtemps. Les vents avaient déjà entamé leur quart d’heure.



Vent der Midi, vent
soufflant à Lyon, se leva et s’adressa à ses frères : « voilà ce que
nous allons faire. Nous lui donnons une semaine pour que notre proposition
fasse son chemin dans sa tête. Nous allons être de bons et gentils vents
travailleurs, obéissants. Si au bout d’une semaine, nous n’avons pas
satisfaction, nous prendrons les mesures qui s’imposent. Es-tu d’accord Typhon,
(cyclone tropical très violent) ? Il faisait partie de ces vents méchants
et dévastateurs qui terrorisaient les autres vents. Il fit un signe d’assentiment
en demandant toutefois d’un signe de la main son avis à Baguio, typhon des
Philippines. Celui-ci acquiesça et tous les autres furent d’accord à
l’unanimité…



Les sept jours suivants se
passèrent dans un calme dont Eole n’avait pas souvenance. Les vents allaient et
venaient, souriants, respectueux en croisant leur maître… Ils se saluaient,
soufflaient dans leurs endroits respectifs, revenaient rendre des
comptes ; mais dans leur tête, chacun comptait les jours qui restaient
avant la date convenu… Eole, lui était aux anges : « je les ai matés,
se disait-il. Ils n’ont jamais été aussi doux ! Que croyait-il, que
l’allais céder à leur revendication ? Revendication ! Jamais nous
n’avons entendu en Olympie un tel mot. Je me suis gardé d’en souffler mot à
Zeus. Je n’ose imaginer sa réaction ». Ainsi se parlait le Dieu des vents,
heureux d’avoir étouffé dans l’œuf ce qu’il considérait comme terminé…



Au bout de la semaine,
Eole ayant complètement oublié la demande de ses vents, Vent der Midi convoqua
en secret Boot, vent soufflant en Inde et lui dit : « nous avions dit
une semaine ; celle-ci est arrivée à son terme. Je te charge avec la plus
grande discrétion de passer le mot à nos frères d’être de retour chacun de leur
mission demain à minuit et nous nous réunirons dans la chambre escamotée et…



« Dans la chambre
escamotée, l’interrompit Boot terrifié, mais c’est interdit ! Personne n’a
le droit d’y pénétrer, sauf Eole, et encore lorsque de graves évènements se
préparent… Tu ne crois pas que tu exagères ?



« Tu n’es qu’un
poltron ! Si tu refuses, je te promets que Typhon et Baguio, à eux deux,
sauront t’envoyer au diable ; et je trouverai bien un autre émissaire…
Alors décide-toi sur le champ, nous avons beaucoup de choses à mettre en
route »



Boot tremblait de la tête aux
pieds ; il n’arrivait même plus à souffler : Affronter typhon et
Baguio ! La sueur lui sortait par tous les pores. Mieux valait écouter ce
que Vent der Midi avait à lui confier. Il ne serait pas seul dans cette
chambre.



« Bon, j’accepte la
mission. Mais comment ferons-nous pour pénétrer dans la chambre escamotée. Que
faut-il dire à nos frères ?



« Nous nous
retrouverons d’abord à 23h45, derrière le chêne muet, nous serons sûrs ainsi
qu’il ne soufflera mot de notre conversation, et là, je vous donnerai mes
instructions… J’ai mon idée. Pars sans tarder et à demain soir.



« Encore un mot si tu
permets… Tu ne crains pas que Cers se dégonfle au dernier moment et aille
vendre la mèche à Eole ? Tu sais combien il est fidèle à son maître.



« Lui aussi aspire à
un peu de repos. Et puis si l’envie lui prenait de nous trahir, il sait très
bien à quoi il s’exposerait… Alors plus de questions ? File ».



Le lendemain, à l’heure
précise, tous les vents étaient rassemblés derrière le chêne muet, bien à
l’abri des regards tant la circonférence de son tronc était immense. Vent der
midi les attendait déjà :



« Nous sommes tous
là ? Autan noir (vent pluvieux venu d’Espagne), tu comptes très
vite ; vérifie qu’il ne manque personne.



« Seulement la petite
brise, mais nous n’avons rien à craindre d’elle. Elle est solidaire et n’est
pas du genre à trahir.



« Bon, alors
commençons, nous n’avons pas trop de temps avant d’entrer dans la chambre
escamotée.



Un frisson général
parcourut l’assistance et les branches du chêne muet se mirent à trembler :
« voilà, je sais comment nous allons pénétrer dans cette pièce
mystérieuse. Chacun de vous, les plus anciens, doivent se souvenir que nous
avons le pouvoir d’être invisibles, comme nous le sommes pour les humains »



Il parcourut du regard
pour voir la réaction de chacun : les plus âgés se regardaient en pensant
que Vent der Midi était devenu fou ; et les plus jeunes paraissaient
excités en apprenant ce qu’on leur avait toujours caché.



Blizzard, vent glacial,
réagit le premier : « et qui se rappelle la formule ? J’avoue
que moi, je ne m’en souviens absolument pas. D’ailleurs, je ne l’ai jamais
utilisée. Brickfielder, (vent d’été d’Australie), Dzhari, (vent soufflant dans
le Sahara et en Lybie), Eurus, (vent d’été de la mythologie Grecque), Halny
Wiatr (vent soufflant en Pologne) et…



« Tu ne vas pas les
citer tous, j’espère, bien que les anciens
s’ils sont comme toi, ne doivent pas se souvenir de la formule !
Moi qui suis plus jeune que vous je la connais par cœur et je l’ai même
expérimentée. Je peux vous assurer que ça marche !



« Tu es sûr que nous
pourrons la retenir ? S’exclama Kona (vent provenant du sud-ouest à
Hawaii) ; il nous reste à peine 10mn.



« Justement ne
perdons plus de temps ».



Un silence se fit. Vent
der Midi se concentrait et son souffle devenait à peine perceptible. Personne
n’osait bouger…



Voilà la formule, il
faudra la dire vite car la porte se referme après le passage de chacun de nous,
et surtout la retenir pour en ressortir : riri rira le rat n’est pas
là ». Ils avaient de la chance, la lune était voilée et la nuit était
d’encre…



Arrivés devant la porte
escamotée, Vent der Midi pénétra rapidement et tous les autres vents se
faufilèrent sans difficultés à leur tour… Une fois à l’intérieur, une faible
ampoule s’alluma laissant apparaître un autel de marbre sur lequel Eole était
représenté imposant, majestueux, le visage sévère… Tous s’arrêtèrent, le fixant
d’un œil inquiet comme si soudain il allait descendre de son trône et les
anéantir tous. Tout autour de la pièce, des bancs recouverts de coussins
damassés leur tendaient les bras. Chaque vent alla s’assoir, en souhaitant que
cette réunion se termine rapidement. On sentait une tension et aucun souffle ne
se faisait entendre ; c’était comme si chacun retenait sa respiration.



« Détendez-vous, nous
sommes dans la place et nous ne craignons plus rien jusqu’à 5 heures du
matin »



Un grattement se fit
entendre à l’extérieur… Tous les regards se portèrent vers la porte. Même Vent
der Midi se leva brusquement, les yeux rivés vers l’entrée. Un second
grattement et…



Gentille petite brise
apparut, la porte se refermant derrière elle. Tous la regardèrent, stupéfaits.
Badisad obistroz (vent soufflant en Afghanistan), qui ne parlait presque jamais
s’exclama : « mais comment tu as fait pour rentrer » ?



« Simplement avec la
formule magique. Ce n’est pas parce que je suis la plus légère, la plus douce,
que je ne suis pas votre aînée. La formule je la connais depuis longtemps.



« Et pourquoi
viens-tu à présent ? demanda Vent der Midi



« Parce qu’Eole a eu
un malaise



« Un malaise ?
S’écrièrent tous les vents en même temps



« Oui, mais ça n’est
pas grave. Il s’est mis tout à coup à trembler et à se tenir la tête…



« A trembler ?


« Vous n’allez pas
répéter après moi chaque phrase que je vais dire, non ? Vous n’êtes pas
devenus un écho, que je sache… Rassurez-vous, il n’a pas de fièvre et n’avait
mal nulle part. Il ne faisait que murmurer : que faire ? Que
faire ?



« Voilà, dit Hégoa
(vent du sud, chaud et sec, suivi de pluie dans le pays basque), il a deviné
notre machination. Pauvre de nous ! Il ne va pas tarder à arriver »



Tous les vents se mirent à
souffler de frayeur.



« Vous allez vous
calmer, oui, ou non cria la jolie brise… Ses tremblements ne pouvaient provenir
que d’une colère ou d’une grande émotion. Comme je ne savais exactement, je lui
ai préparé une infusion qui agit sur les deux et il a bu et s’est endormi comme
un plomb. Il ne se réveillera pas avant dix heures demain matin. Alors Vent der
Midi qu’as-tu à nous proposer ?



« Nous allons convoquer
Eole pour demain soir à minuit sous le chêne muet et nous lui dirons que nous
nous mettons en grève pendant une semaine » !



D’une seule voix, sauf la
petite brise, les vents répétèrent : en grève !!



« Je ne suis pas
tout à fait d’accord avec toi, dit la gentille brise. Le mot
« convoquer », va le hérisser et il ne viendra pas. J’en suis
persuadée. D’abord à qui vas-tu confier cette démarche ?



« Et bien à Cers, ça
me paraît logique ; c’est son homme de confiance et…



« Ah non, s’écria
celui-ci. Je veux bien être parmi vous, mais Eole est mon ami est je n’oserai
jamais l’affronter pour de telles raisons.



« Moi, je veux bien
dit la brise ; je sais comment m’y prendre avec lui, mais je ne dirais pas
que nous le convoquons, mais que nous l’invitons à une réunion ».



Une voix s’éleva, haute et
forte : « une grève ! Tu as pensé à toute la sécheresse que ta
grève peut engendrer sur terre ?



« Tu as mieux à
proposer Chocolatero ? (vent chaud chargé de sable dans le golfe du
Mexique). Une semaine ce n’est rien et ça fera réfléchir Eole, répondit Vent
der Midi. Allez, nous t’écoutons. Tu ne dis rien ? Alors tu te tais et
nous poursuivons. Le temps passe et nous risquons de ne plus sortir d’ici. Nous
allons voter à main levée ».



La moitié des vents
levèrent la main ; les autres avaient la tête baissée…



« Qu’est-ce que ça
veut dire ? Nous étions tous d’accord. Je vous donne une seconde
chance : Dépêchons-nous ».



Les trois quarts levèrent
la main. Alors la gentille petite brise prit la parole : « le quart
qui reste va vite, très vite se décider ! J’ai un don très précis, celui
de vous chasser définitivement d’Olympie.



« Nous
chasser ? Toi, la douce, la gentille, la souriante…



« Oui, moi. Je suis
gentille avec les humains qui sont malmenés par chacun de vous à votre manière.
Mais cette discussion s’éternise. Il est déjà 4h15 et à 5heures le dernier de
nous devra être dehors. Pour la troisième fois, nous votons ».



Toutes les mains se
levèrent et Vent der Midi souffla de soulagement…



Il reprit la parole :
« tout le monde se souvient bien de la formule ? Donc, rendez-vous
demain à minuit sous le chêne muet. Qui sort le premier ?



« Toi, répondit
petite brise puisque tu as tout organisé ; et moi, je sortirai la
dernière »…



Tout se passa calmement
mais rapidement et chacun regagna son appartement. La petite brise se dirigea
chez son maître qui dormait toujours profondément. Elle lui caressa le front
tendrement, honteuse de se mettre aussi contre lui ! Mais ses amis
avaient raison : ils avaient bien besoin d’un jour de congé… Il s’entêtait
à dire non par orgueil. Elle se coucha sur le tapis près de lui et s’endormit à
son tour…



Le lendemain, Eole se
réveilla frais et dispos et aperçut le petite brise qui le regardait en
souriant : « ton petit déjeuner est prêt. Fais ta toilette,
régale-toi et ensuite, mon maître bien-aimé, j’ai quelque chose à te dire.



« Hum, je n’aime pas
ça du tout… Que manigances-tu ?



« Tu as été fatigué
hier soir, il te faut reprendre des forces.



« Oui, tu as raison,
d’autant plus que Zeus m’attend pour m’entretenir d’une fête qu’il désire
organiser dans l’Olympe. Tous les Dieux et même les demi-dieux y sont conviés
avec leurs gens. Il veut mon avis sur l’organisation de la fête qui doit avoir
lieu dans un mois ».



Ouf, souffla la gentille
brise, d’ici-là, pensa-t-elle, tout sera renter dans l’ordre.



Après s’être préparé pour
son entrevue avec Zeus, Eole se tourna vers celle qui était sa préférée :
« alors qu’as-tu à me dire de si important ? Je suis pressé.



D’un ton ferme mais avec
une mine câline, elle se lança : « nous voulons t’inviter demain soir
à minuit sous le chêne muet pour te faire par de choses très importantes.
J’espère que tu acceptes… Je vois que tu es très demandé ces temps-ci. Alors,
mon cher maître dis oui, je te prie… Il y va du bonheur de tout l’Olympie… »



Eole resta un moment
songeur, flairant un mauvais coup ! Mais comme il était curieux, il se dit
qu’il valait mieux accepter. Mais malin comme un renard, il répondit :
« je te donnerai ma réponse à mon retour de chez Zeus, suivant mon humeur ».



La petite brise le regarda
partir, sachant lire dans ses pensées et murmura : « Il viendra, mais
la partie n’est pas gagnée »…



Lorsqu’Eole revint de chez
Zeus, il était tout guilleret ; c’est sûr, Zeus avaient dû lui faire boire
une des potions magiques au goût si agréable et dont Eole raffolait. »Ma
chère petite, il va y avoir une grande fête en Olympe comme il y a longtemps
qu’on en a vue !!
Ça
va être grandiose… Il a besoin de toutes les bonnes volontés et bien entendu,
j’ai dit qu’il pouvait compter sur moi. Je vais avoir besoin de toi pendant
tout ce mois de préparatifs



« De moi ?
(Voilà que moi aussi, je fais l’écho pensa notre brave brise)



« Oui, les terriens
pourront bien se passer de toi pendant ce laps de temps. Qu’importe qu’il n’y
ait aucune brise, un autre vent un peu plus fort prendra ta place. Quoi ?
Pourquoi fais-tu cette tête ? Tu n’es pas heureuse et flattée d’être à mes
côtés pour une aussi belle occasion ?



« Heu, oui, mais je
pensais peut-être à la jalousie de mes amis…



« Suffit !
Alors profitons de ma joie, je réponds oui à ta proposition de tout à l’heure.
Je serai à minuit tapant sous le chêne muet. Mais je t’avertis, tu peux le
transmettre aux autres, je n’accepterai aucun retard ; vous savez tous que
j’aime me coucher de bonne heure »…



Et il sortit dignement de
la pièce. La gentille brise était bien ennuyée. Avec cette fête au milieu, les
complications ne vont pas manquer. Ah, il a eu une bonne idée Vent der
Midi !



A l’heure dite, tous
étaient présents, soufflant chacun à sa façon, craignant la réaction du dieu
des vents. Il arriva, la mine souriante et prit le premier la parole :



« Alors vous
m’invitez à une petite fête ? Vous devez savoir qu’une grande et
somptueuse fête doit avoir lieu chez Zeus. Il m’a honoré de faire partie de
ceux qui vont aider à ce que tout soit réussi. La petite brise a dû vous en
parler… Bon, ne perdons pas plus de temps ! Le sommeil commence à me
gagner et j’aime avoir les idées claires. De quoi s’agit-il ? »



Chacun se regardait,
attendant que Vent der Midi parle. Celui-ci semblait paralyser et ne trouvait
aucun mot pour commencer son discours. Les secondes s’écoulaient et Eole
changeait de physionomie. Tout de go, Vent der Midi lança : « nous
sommes vendredi ; à partir de lundi, nous nous mettons en grève pour une
semaine »…



La respiration d’Eole
s’arrêta nette. S’il n’était pas immortel, on l’aurait cru prêt à rendre l’âme.
Puis un souffle puissant de colère, de rage, d’indignation, souleva tous les
vents à plus de trois mètres avant de les faire redescendre, tandis que toutes
les branches du chêne muet furent secouées avec une telle force qu’elles
imaginèrent Eole décidé à les envoyer hors de l’Olympie…



« Une grève ?
Moi j’appelle ça une révolte ! Une révolte chez moi ! Et vous êtes
tous d’accord ?



« Calme-toi, je t’en
prie mon maître dit d’une voix douce la petite brise. Une semaine s’est vite
passé. Nous n’avons rien contre toi ; mais depuis des siècles que nous
soufflons de tous côtés, nous commençons à être fatigués



« AH ! Parce
que toi aussi, tu en es… Tu te révoltes contre moi. Vous osez me tenir tête… Et
dire que dans un mois une magnifique fête nous attend… Dès demain, je vais en
référer à Zeus ».



Un souffle de murmures
parcourut les vents. Parler de leurs affaires à Zeus ! Pourquoi le mêler à
leurs problèmes. Certains semblaient vouloir abandonner l’idée de cette grève.
Lips (vent mentionné dans la mythologie Grecque) s’en aperçut et prit la
parole : « Zeus n’a rien à voir avec nous. Tu es notre dieu, notre
maître et tu dois être capable de gérer la situation. Nous te demandons qu’un
jour de repos ; tu refuses, nous sommes donc obligés de réagir… Tant pis
pour les humains ! Pendant une semaine plus aucun vent ne soufflera sur
terre et ils ne s’en prendront qu’à toi. Et pendant cette semaine, tu auras eu
le temps de comprendre que ce jour de repos sera profitable à tous, toi y
compris ». Vent der Midi n’en revenait pas de l’audace de Lips, sachant
pourtant qu’il était protégé par Zeus, car faisant partie de la Grande Maison…



Eole les regarda d’un air
hautain et méprisant : « nous avons deux jours avant que votre
révolte ne débute. Que ça vous plaise ou pas, demain je me rends chez Zeus. Il
tranchera. Je vais aller dormir et oublier vos folies jusqu’à demain ».



La petite brise était en
larmes, partagée entre son attachement pour Eole et son affection envers ses
amis. Quand elle réussit à parler : « allons nous aussi nous
coucher. Zeus est de bon conseil. De toutes façons quand Eole décide quelque
chose, rien ne le fait changer d’avis ».



Lorsqu’Eole se réveilla le
lendemain matin, il était d’une humeur épouvantable. Sa nuit avait été exécrable ;
il avait passé son temps à tourner et se retourner, à souffler à faire trembler
son lit et des cauchemars le tourmentèrent pendant le peu de temps où il dormit
vraiment…



Quand petite brise lui
apporta son déjeuner, il ne la regarda même pas et ne la remercia pas non plus.
Elle sortit, triste, avec un sentiment de culpabilité. Eole se mit à manger avec
appétit ; il avait toujours faim comme d’ailleurs tous les autres vents…
Depuis des siècles qu’ils soufflaient, ils en avaient pris l’habitude, mais ce
qu’ils rejetaient en soufflant, leur estomac réclamait toujours plus de
nourriture. C’est à croire que les poumons se vidant, leur estomac criait
famine ! Tout en avalant son copieux premier repas, Eole était tourmenté
parce qu’il se rappelait bien qu’il avait juré à ses sujets d’aller voir Zeus.
Mais bien qu’il soit son ami, on ne pouvait voir le dieu de l’Olympe que sur
rendez-vous. Il ne savait comment procéder, car il ne voulait absolument pas
manquer à sa promesse. Il tenta le tout pour le tout. Il s’assit à son bureau
et écrivit :



« Mon vénérable et
ami Zeus, je me permets de déroger aux convenances pour te demander de bien
vouloir me recevoir aujourd’hui à l’heure qui te conviendra. J’ai de graves
problèmes à régler et sans ton aide éclairée et judicieuse, je suis perdu. Le
mot n’est pas fort et je ne sais que faire. Je t’envoie mon pigeon le plus
diligent et attend avec impatience mais respectueusement ta réponse…



Ton dévoué et fidèle
Eole »



Après avoir envoyé son
message, il se sentit un peu plus calme.
Il fit toilette, mit ses plus beaux vêtements et patienta en écoutant de la
musique… Un quart d’heures plus tard, son pigeon était de retour avec une
phrase très brève : « Je t’attends sur le champ ».



Arrivé chez Zeus, Eole fut
introduit immédiatement dans le bureau du dieu de l’Olympe. Celui-ci le salua,
lui fit signe de s’assoir : « alors, que se passe-t-il ? Ton
message m’a fortement inquiété car ce n’est pas dans tes habitudes de perdre
ton sang froid. Je t’écoute »



Ainsi Eole raconta ce qui
se passait avec ses vents et aux mots de grève et révolte, Zeus partit d’un
énorme éclat de rire qui fut entendu dans tout l’Olympe et fit trembler la
terre. Eole le regardait, assez intrigué de sa réaction et se demandait si
c’était la colère qui le faisait réagir de la sorte, ou bien quoi ? Il
n’osa pas interrompre cette hilarité et resta droit dans son fauteuil… Lorsque
Zeus se calma, il ferma les yeux et caressa sa longue barbe rousse qui lui
tombait jusqu’au milieu de la poitrine. Eole ne souffla mot. Quand Zeus avait
cette attitude, cela voulait dire qu’il réfléchissait profondément et il ne
fallait surtout pas interrompre sa méditation. Au bout d’un moment qui parut
interminable au dieu des vents, il ouvrit enfin les yeux et fixa Eole un
sourire malicieux aux lèvres…



« Voilà, lui dit-il,
j’ai ta solution ; écoute bien et va rapporter à tes « révoltés »
tout ce que je vais te dire ».



Et Zeus se pencha tout
près de son ami et lui parla à mi-voix pendant de longues minutes ; puis
ils se séparèrent… Eole, jubilait ! « Je pensais bien, que Lui me
sortirait de cette impasse. Dépêchons-nous »



Arrivé dans ses
appartements, il appela petite brise et lui dit tout joyeux :
« comment vas-tu ? J’ai une mission pour toi auprès de tes amis qui
seront heureux d’accepter de diner avec moi ce soir à 21 heures tapantes. Va
leur transmettre mon invitation et je vous attends tous ce soir ».



La jolie petite brise ne
comprenait plus rien ! Ce n’était plus le maître qui était parti sans la
regarder tout à l’heure… Vraiment, il était complètement transformé. Zeus avait
réussi une fois de plus un de ses miracles… Elle était impatiente d’être à ce
soir, car les miracles de Zeus n’étaient pas toujours de bon goût. Qu’avait-il
pu encore sortir de son imagination ?



A l’heure dite, tous les vents au grand
complet, personne n’aurait osé refuser une invitation à diner d’Eole,
frappaient à la porte en or massive de leur dieu. Chacun avait mis son plus
beau costume, et bien qu’intrigués, ils arboraient un sourire semi triomphal.
Une fois introduits dans l’immense pièce, ils prirent place autour de la table
somptueusement parée sur laquelle une multitude mets attendait déjà les
invités… Les couleurs se mêlaient au parfum délicieux qui se dégageait de tous
ces plats abondants. Les vents en avaient l’eau à la bouche et ne pouvaient
s’empêcher de saliver. Enfin, le maître fit son entrée, majestueux ; son
regard fit un tour de table et il inclina la tête devant chacun de ses sujets.



« Nous allons
partager un excellent repas comme vous le voyez et ensuite, je vais vous dire
ce que Zeus m’a suggéré. Je suis certain que ma surprise va vous être agréable.
A présent bon appétit ».



Les vents ne se firent pas
dire deux fois de faire honneur au festin. La boisson coulait à flots et on
entendait que les mâchoires qui mastiquaient et les « glou, glou »
des verres qui descendaient dans leur gorge. Arrivés aux desserts, aussi
nombreux que les plats, les langues commencèrent à se délier et de gros rires
soufflaient d’un bout à l’autre de la table. Seul, Eole restait muet les
regardant du coin de l’œil. Soudain, toute la table se trouva miraculeusement
débarrassée et Eole se leva. Le silence se fit immédiatement. « Aïe,
pensa la petite brise, voilà le moment fatidique ». Elle avait mangé et bu
avec modération pour garder les idées claires, mais elle devinait déjà qu’Eole
avait gagné la partie…



« Ecoutez-moi bien,
tous. Vous êtes mes enfants (ah, nous ne sommes plus ses esclaves se dit la
gentille brise ; voilà qui n’annonce rien de bon) et j’ai décidé avec
l’accord de Zeus de vous accorder votre semaine de grève ».



Un énorme soufflement
joyeux et triomphant s’échappa de toutes les poitrines. Puis des
applaudissements fusèrent de tous côtés, déclenchant sur la terre un début de
séisme, qu’Eole se dépêcha de faire cesser. Seule la petite brise était restée
silencieuse, connaissant par cœur les ruses de son maître.



« Ecoutez-moi
jusqu’au bout sans m’interrompre. Ensuite vous me donnerez votre assentiment.
Cette grève va se dérouler sous forme de jeux. Je sais que vous êtes plus d’un
à être des petits malins et ce jeu va vous
ravir. Pendant toute cette semaine, je vous donne carte blanche pour faire ce
que vous voulez et allez souffler aux endroits qui vous plairont. Plus de
contraintes, plus d’obligations. Chacun va échanger ces lieux de travail sur
terre, ce qui va donner une bonne leçon aux humains et vous accorder l’occasion
de vous démener comme des petits fous. Si vous êtes trop fatigués, mais je
connais votre résistance, vous aurez le loisir de vous reposer un moment pour
reprendre avec plus de force ce nouveau jeu. J’attends votre réponse et Zeus
aussi ».



« Il est encore plus
malin que ce que je croyais, pensa la jolie brise. Ils vont tous tomber dans le
panneau ; après ce qu’ils ont mangé et bu, je suis sûre que pas un seul ne
va refuser ».



Freemantle Doctor (vent
soufflant de la mer vers Perth, capitale de l’ouest de l’Australie. Ce vent
contribue à faire de Perth la capitale avec le vent le plus constant au mode.
Il prend la forme d’une brise de mer qui vient refroidir la plage entre 12h et
15h pratiquement tous les jours de l’année) prit la parole : « pour
moi, c’est OK ! Mais il faut que nous soyons tous d’accord. Nous allons
semer la panique pendant une semaine sur la terre et ce sera follement amusant.
Qu’en dites-vous mes frères ? » Un soufflement tonitruant sortit de
chaque poitrine, mais c’était tellement fort qu’on aurait pu croire n’entendre
qu’une seule et unique réponse.



Eole se tourna
ironiquement vers notre jolie brise, déconfite et muette, « tu ne dis
rien, tu n’es pas d’accorde avec tes amis ?



« Mais mon vénéré
maître vous m’avez déléguée pour être à vos côtés pour la préparation de la
fête. Mais si vous n’avez plus besoin de mes services, j’espère bien m’amuser
également.



« J’avais oublié ce
détail important. Alors c’est dit ! Vous avez deux jours, pour préparer
vos changements entre vous et mettre un peu d’animation sur terre ». Et il
ajouta avec ironie « C’est vrai qu’ils n’ont pas besoin de nous pour jouer
sans arrêt à la « guéguerre ».



Tous se quittèrent de
bonne humeur, sauf Cers qui connaissait lui aussi trop bien Eole. Ce sont
encore ces pauvres mortels qui vont pâtir des folies de l’Olympe… Ce jeu
stupide ne pouvait venir que de la tête tortueuse de Zeus… Cers attendait lundi
avec appréhension.






Dès lundi, aux quatre
coins de la planète, les humains se réveillèrent ou se couchèrent suivant les
points cardinaux, se demandant si le ciel était entrain de tomber sur leur
tête. Ils ne croyaient pas si bien dire ! Pendant toute la semaine une
panique indescriptible secoua la terre. Les communications entre les chefs de
tous les pays ne cessaient pas. Lorsque le téléphone ne fonctionnait plus,
Internet était encombré et les Etats Major avaient dû appeler du personnel en
renfort. Partout, ce n’était que désolation, arbres arrachés, toitures
envolées, incendies dont les pompiers ne pouvaient en venir à bout, sécheresse
qui rendait les sols durs et crevassés… On ne comptait plus les blessés et les
disparus…



La Provence s’était
réveillée avec un vent chaud qui avait amené avec lui du sable du golfe du
Mexique. Cholatero jouait comme un petit fou et riait de voir les premiers
travailleurs tentaient de rejoindre leurs lieus de travail. Ils ne pouvaient
avancer, une pluie de sable pénétrait par leur bouche, leurs narines et leurs
yeux piquaient tellement, qu’ils ne pouvaient les laisser ouverts. Tout était
sombre. Les gens durent rejoindre leurs habitations et se calfeutraient chez
eux. Dans les Vosges, c’est Leste, le vent chaud soufflant de l’Est de la
région de Madère qui se mit à souffler au grand étonnement, voire, désarroi des
habitants. Habitués au froid, même à cette époque du printemps, ils étouffaient
de cette chaleur qui leur tombait du ciel… Cela leur aurait plus d’avoir une
température plus agréable, mais là, c’était vraiment infernal. Tout brûlait sur
place et ils regrettaient leur climat.



A Paris et en Ile de
France, Piterak, vent du Groenland et de l’Islande soufflait avec toute la
force dont il était capable, apportant froid et glace. Les gens n’osaient plus
sortir de chez eux et comme dans le reste du monde la vie s’était figée.



Tahiti, réputée pour trop
de chaleur grelottait à cause de Knik, vent soufflant d’ordinaire en Alaska.
Les plantes et les fleurs se cassaient et ce n’était que dévastation ; les
branches des arbres ne résistaient pas
et Knik s’amusait lui aussi comme jamais il n’avait eu l’occasion de le
faire… Vraiment ce jeu lui plaisait bien !



En Alaska, ce n’était pas
mieux puisque le Zéphyr avait pris la place de Knik… Justement, une expédition
se trouvait sur place depuis plusieurs semaines et ce changement de temps
surprenait et inquiétait les hommes et femmes qui la composaient. Ce vent doux
et agréable ailleurs, faisait fondre les glaces et transformait les étendues en
mers chaudes… Les terriens n’avaient plus aucune protection, et tentaient de ne
pas se noyer. Sept jours c’est long, tellement long, lorsque personne ne sait
ce qui se passe, ni ce qui convient de faire. De temps en temps, Knik et Zéphyr
se croisaient en racontant leurs farces et repartaient chacun de leur côté.
Aucun des vents ne songeait aux pauvres humains ; ils n’en avaient que
faire… Ils jouaient comme des gosses surtout lorsqu’il leur prenait l’envie
d’apparaitre à la vue d’un enfant ou d’un vieillard, sous une forme bizarroïde
en faisant des grimaces L’enfant ou le vieillard poussait des cris en montrant
un endroit précis où la forme se trouvait. Personne d’autres ne la voyait et on
pensait qu’ils avaient perdu la tête à cause de tout ce qui survenait sur
terre. La forme disparaissait aussi vite qu’elle était venue et c’était des
parties de rigolades entre-eux !!



La Russsie n’était pas
mieux lotie parce que Xlokk l’avait recouverte de poussière rouge venant du
Sahara. Les bâtiments, les personnes, les plantes, les animaux, tout était
rouge et aucune eau ne venait à bout de cette couleur qui s’incrustait.



Chaque continent réclamait
la pluie et chacun s’était mis à prier, persuadé que c’était la fin du monde
qui arrivait. Il n’y avait qu’en Afrique que l’eau ne cessait de tomber car la
mousson avait quitté l’Asie méridionale pour envahir ce coin de la planète. Il
pleuvait tellement qu’on ne voyait pas à un mètre devant soi… Tout était noyé,
les récoltes perdues ; les gens étaient emporté comme des fétus de paille…



Twano, la bise de montagne
sur les lacs italiens, avait pris pour cible les Etats-Unis et le Canada, les
enveloppant d’un froid glacial. Les chefs d’Etat n’arrêtaient pas de
communiquer comme ils pouvaient, essayant de trouver des solutions, de sauver
ce qui pouvait l’être. Les réunions se multipliaient sans aboutir à rien de
satisfaisant. Eole du haut de l’Olympie regardait évoluer ses vents sans aucun
remords de ce qui se passait sur terre. Il n’y avait que la gentille petite
brise qui se morfondait et pleurait en cachette. Elle aurait voulu que tout
s’arrête avant la fin de la semaine ; mais elle n’avait aucun pouvoir pour
aller contre la décision de son maître. Elle en voulait à ses frères de se
réjouir de tout le mal qu’ils faisaient…



En Asie se n’était pas
mieux : Santa Ana, vent très violent, fléau printanier pour les arbres fruitiers
avait élu domicile au Japon et avait saccagé toute leur récolte. Pas un seul
fruit n’avait résisté…



En Inde, la Tramontane et
le Mistral s’étaient associés et les vents n’arrêtaient pas de souffler,
faisant abattre les arbres, renverser les voitures, tomber les gens. Une dame
s’envola à trois mètres du sol et n’eut son salut qu’en s’accrochant à un
poteau jusqu’à ce que les pompiers viennent la secourir.



Williwaw, vent qui souffle
à plus de cent dix nœuds à l’heure avec un déplacement d’air froid, accompagné
des ses frères Matanuska, Pruga, Stikine, Takn soufflèrent en rafales sur
Israël. De véritables ouragans se déchaînèrent sur cette partie du monde. Les
récoltes furent emportées. Les gens ne durent leur vie sauve qu’en se réfugiant
dans les diverses synagogues pour prier sans cesse, sans manger, juste boire
quelques gorgées d’eau et invoquer le Saint béni Soit-Il pour que cesse ce
carnage…



Enfin, les sept jours se
terminèrent et les vents réintégrèrent l’Olympie, fiers, heureux de leur séjour
sur terre, insouciants et indifférents au mal qu’ils avaient fait subir aux
humains… Eole les accueillit chaleureusement, les félicitant d’avoir mené ce
jeu de mains de maître. La petite brise ne regardait pas ses frères, les
méprisant par son silence :



- « Tu
ne félicites pas ces héros ? Lui dit Eole



- « Les
féliciter ? Après ce que les humains ont subi ? Non ! Non et
non.



- « C’est
une nouvelle rébellion, lui dit son maître, avec ironie, mais cette fois tu es
seule…



Sans
répondre, la petite brise sortie, la tête haute, mais en murmurant avec
douceur : « Peut-être cela va-t-il être une leçon pour les mortels et
leur faire comprendre qu’ils ont intérêt à s’unir au lieu de passer leur temps
à se détruire ».






La
fête en Olympe eut lieu avec une somptuosité digne des dieux. Rien ne
manqua : festins, boissons, musique, danses, orgies. Les femmes avaient
revêtues leurs plus belles parures, mis leurs plus beaux bijoux. Les boissons
des dieux coulaient à flots et plus d’eux étaient ivres morts. Zeus avait
encore assez d’idées claires pour être satisfaits de la réussite de cette fête
dont il s’était privé depuis fort longtemps… Eole était sur un petit nuage et
la jolie petite brise se tenait à ses côtés, se disant que c’était le moment de
l’aborder. Elle avait son idée. Elle n’était pas fière de ce qu’elle allait
faire, elle savait qu’elle trahissait celui qui avait toute sa confiance, mais
se souvenant de cette horrible semaine sur terre, elle fit taire ses remords.
Elle se rapprocha un peu plus du dieu des vents et lui murmura en lui tendant
une feuille et une plume d’oie : « Mon vénéré maître quelle belle
fête, n’est-ce pas ? Le mérite en revient en partie à vous ; vous
avez si bien secondé Zeus. Je vous félicite et ne vous aime que plus. Je
profite de ce moment très spécial, pour vous demander une faveur… Vos sujets,
vos enfants obéissants, mes frères les vents ont fait du bon travail sur terre
et je sais que le spectacle vous a réjouit. Alors, soyez-en reconnaissant et
accordez-nous ce jour de congé dont nous avons tous tellement besoin. J’ai
préparé pour vous un document dans lequel vous nous donnez définitivement votre
accord. Voulez-vous le dater et signer ?



- « Tout
ce que tu veux, ma douce ».



Et
Eole prit la plume et signa, un sourire béat aux lèvres.



Le
lendemain, après une longue nuit, la petite brise mit ses frères au courant de
son subterfuge et tous se rendirent dans les appartements d’Eole pour le
remercier… Celui-ci venait de terminer un petit déjeuner plus que copieux. Il
fut étonné de voir tout son monde mais plus encore lorsque la petite brise lui
présenta le document signé de sa main… Il commença à souffler très fort, à les
regarder chacun à tour de rôle puis il éclata d’un rire qui fit trembler
l’Olympe tout entier et la terre du même coup…



- « Tu
as trop de cœur ma jolie. Mais je vois que tu es allée aussi à bonne école, car
tu es maligne comme moi. J’ai passé une semaine inoubliable et la fête d’hier
m’a mis de bonne humeur. Je confirme ma signature. Qui a une plume » ?



Cent
vingt-sept plumes surgirent comme par magie des mains des
« révoltés » de l’Olympie…



FIN
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