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 Grammaire orthographe... (pour ceux que ça intéresse)

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Reïna

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MessageSujet: Grammaire orthographe... (pour ceux que ça intéresse)   Sam 15 Mai - 11:42

GRA
Orthographe (2009_05_29) polémiques






Cette
très brève et partielle histoire de l’orthographe a été rédigée en 1984 puis
récemment actualisée. Histoire faite de polémiques. On y réfléchira en lisant
ce compte-rendu sur un roman-jeunesse : “La voix du couteau” de Patrick
Ness (Gallimard Jeunesse, 440 p. 15 €) : “Il fallait oser. Choisir la voix
d’un garçon que nulle école n’a jamais formé. Oser écrire un roman pour ados,
piqué de fautes d’orthographe et de grammmaire, régulièrement bousculé par une
syntaxe tordue. C’est pourtant cette langue rugueuse, inventive, formidablement
énergique qui donne à “La voix du couteau” sa saveur et sa puissance.
(...)”
(Michel Abescat, Télérama, 2009_05_20). De quoi ébranler bien des
certitudes...






1.
De l’époque latine jusqu’au XIII siècle.
Les scribes du Moyen-age essaient de se conformer
le plus possible au système du latin : “un seul son pour une seule lettre,
une seule lettre pour un seul son
”. Ils y arrivent assez bien. Ainsi l’idée
de peine, de chagrin se traduit par enui, enoi, enioment, enoiance,
mots faciles à prononcer même aujourd’hui : il suffit de prononcer toutes les
lettres et de marquer fortement l’accent tonique, en somme de prononcer un peu
comme à l’espagnole /énoûi/, /énôi/, /énieménnt/, /énoïântse/. Ces textes
restent donc aisés à dire et à aimer qu’il s’agisse des épopées, des fabliaux,
des chansons de geste ou des romans comme Tristan et Iseut. Pour bien
les comprendre il faut évidemment s’aider des traductions.



C’est
grâce à ce souci ancien d’une écriture fidèle à la prononciation que la
philologie moderne, c’est-à-dire l’étude des modifications subies par les mots,
a pu progresser d’une manière étonnante. C’est la philologie qui explique des
évolutions comme celle du mot eau prononcé /o/. Dans ce petit monstre
orthographique trois lettres traduisent un seul son. Le mot vient du latin âqua
:



- le
groupe /kw/ devient /gw/ puis /wgw/ et /ww/. Au V° siècle on prononçait âwa.



- le
/a-/ devient /é/ d’où éwe, comme dans évier, et /éawe/



- enfin on arrive à /éâu/ puis à
deux prononciations l’une /iâu/ transcrite iau (picard), l’autre /éau/
réduite à /eo/ puis /o/ transcrite eau (francien)



(transcription
simplifiée et donc approximative, d’après A. Lanly Fiches de
philologie française
Bordas, 1971)






2.
L’époque noire XIV° - XV° siècles.
Rappelons d’abord l’analyse exposée par Charles
Beaulieux dans Histoire de l’orthographe française (1927). L’écriture
des jongleurs, presque phonétique, est d’une grande simplicité. Il existe des
ateliers de composition animés par des trouvères lettrés qui mettent au point
des textes et les diffusent, ou les vendent, près des jongleurs qui peuvent les
modifier. Mais au XIII° et surtout au XIV° siècle le système judiciaire et les
livres de trésorerie se développent. Les copistes sont payés à la ligne dans
les études des notaires. Ils allongent à plaisir tous les mots qu’ils
transcrivent en ajoutant des lettres latines qu’ils supposent être à l’origine
des mots français. Cette analyse de Beaulieux est juste mais incomplète. La
prononciation continuait à évoluer et les copistes essayaient d’en tenir compte
dans leurs actes en français. Ainsi ils inventent un e cédillé pour traduire le
son /è/. Ils utilisent une barre de nasalisation pour le son /on/. L’espagnol a
gardé cette barre (tilde) mais le français possédait déjà des accents et la
barre de nasalisation risquait d’être confondue avec eux. D’où son abandon.
Dans l’ensemble les innovations graphiques de cette époque ne pouvaient être
comprises que des latinistes, des lettrés.






3.
Une liberté réglée par les imprimeurs
. La
Renaissance invente le J et le V pour les distinguer du I et
du U. Il existe alors 22 lettres, 23 en théorie mais le K est peu utilisé et
les valeurs se confondent : le C peut représenter la valeur Q ou S, I peut
valoir J ou Y etc. Tout le monde est alors d’accord : il y a trop peu de
lettres dans l’écriture et trop de sons dans la langue. L’école poétique de la Pléiade, animée par
Ronsard et du Bellay, appuie énergiquement un système phonétique inventé par
Meigret qui préfigure l’alphabet phonétique international. Malheureusement les
imprimeurs refusent toute évolution, même s’il s’agit de demandes venues
d’humanistes connus : il s’agit de ne pas compléter des casses coûteuses. Le
pouvoir royal a imposé en 1539 le français comme langue administrative mais il
ne voit pas la nécessité d’intervenir plus avant en ce domaine.



L’orthographe
ne fait pas vraiment problème. L’abbé Rollin publie en 1726 son célèbre Traité
des études
qui fait alors autorité en matière de pédagogie. Il se contente
de conseiller aux professeurs d’un même collège de convenir ensemble d’une
orthographe “afin que les écoliers ne soient pas obligés de changer
d’orthographe à mesure qu’ils changent de classe.
” La situation reste la
même jusque vers 1850 même si progressivement l’extension de l’imprimerie et la
publication massive d’ouvrages au format de poche (ou plutôt de gousset) dans
les années 1820 - 1830 imposent une orthographe dominante, celle des
imprimeurs. .






4.
Naissance de la “faute” au XIX° siècle.
Vers 1860 Labiche écrit “La Grammaire,
pièce qui a certainement été beaucoup jouée car il s’agit d’un texte de 45
minutes destiné surtout aux troupes d’amateurs.



(http://www.laclasse.fr/pdf/lc167_classique_Labiche.pdf).
Un négociant retiré des affaires n’ose espérer être élu maire parce qu’il fait
beaucoup de fautes d’orthographe, fautes que sa fille lui corrige en secret. La
jeune fille est amoureuse d’un garçon très sympathique mais le père de ce
dernier, archéologue amateur et naïf juge que son fils n’est pas mariable car
il est atteint d’une tare tellement grave qu’il n’ose même pas en dire le nom.
Serait-ce la syphilis ? non et finalement tout se termine bien. La fameuse tare
est une ignorance crasse en orthographe, ce qui ne gêne pas du tout la jeune
fille. Le négociant accepte le mariage puisque le jeune couple reste près de
lui, afin que sa fille continue à lui corriger ses fautes. L’orthographe
devient un redoutable instrument d’oppression sociale et Labiche, qui n’a rien
d’un révolutionnaire, propose une solution de repli : se faire corriger ses
fautes par quelqu’un qui maîtrise l’orthographe. On en encore là !






5.
La situation vers la fin du XX° siècle.
Vers 1966 dans la revue “Vie et Langage
quelqu’un proposa de modifier la prononciation pour dire toutes les
lettres... Solution irréaliste. A la fin du XX° siècle les propositions
allaient, semble-til, dans trois directions :



a)
Certains suivaient René Thimonnier et son “Système graphique du
français
” (Plon 1967). Le système du français est à la fois phonétique et
étymologique. Il est cohérent mais difficile. En effet, il existe 4484 “séries
analogiques”
qu’on peut regrouper en grandes familles. Apprendre toutes ces
séries pour posséder une orthographe irréprochable est pratiquement impossible.
Mais Thimonnier avait repéré environ 150 mots qu’il jugeait possible de
simplifier immédiatement.



b)
D’autres rejoignaient plutôt les analyses de Claire Banche-Benveniste et André
Chervel exposées dans “L’orthographe” (Maspéro 1968). On les trouvait
aussi, ces analyses, chez Nina Catach dans “L’orthographe française : traité
théorique et pratique
” (Nathan 1980). Il n’y a pas de système du français
mais des embryons de système qui coexistent sans logique réelle et surtout que
l’on s’obstine à conserver tels quels sans profit pour personne.



c) Une
dernière catégorie rejoignait la position de l’Ecole Moderne - Pédagogie
Freinet. Peu importe qu’il y ait système ou amorces de système car pratiquement
c’est l’ “orthofouillis” qu’il faut détruire et remplacer par un nouveau
code, “l’ortografe populère”.



Le
second courant semblait regarder avec sympathie les efforts du troisième. Dans
une post-face à la troisième édition (1978) les auteurs de “L’Orthographe
Claire Banche-Benvéniste et André Chervel regrettaient de n’avoir pas été mieux
entendus. En fait ils ne proposaient rien d’assez précis au contraire des
premier et troisième courants mais aucun des trois n’était assez fort pour
s’imposer dans l’opinion publique.



La
situation était curieuse. Ainsi on a vu renaître la profession d’écrivain
public et c’est une bonne chose. Les gens téléphonent plus qu’ils n’écrivent
mais ils ont toujours des lettres à rédiger, notamment administratives. Mais ils
ont aussi des discours à prononcer. Appeler sur Google la notion d’ “écrivain
public
” et on voit apparaître de multiples possibilités. Ce n’est pas
seulement l’orthographe qu’il s’agit de dominer mais la présentation, la
formulation, le style et le contenu, notamment quand la lettre ou la note
devient un peu juridique. Il arrive que des personnes cultivées s’adressent
elles aussi à l’écrivain public qu’elles peuvent désormais contacter par
internet.



Vers
1984 Charles Mûller, professeur émérite de l’Université de Strasbourg présenta
un programme informatique “Orthotel” mis au point par le Conseil
international de la langue française (CILF) et consultable par Minitel. A
l’époque 15.000 mots et 550 conjugaisons complètes étaient enregistrés et on
pensait arriver rapidement aux 60.000 mots ou conjugaisons (Jean-Pierre
Colignon “Dictionnaire sur petit écran”, Le Monde, 27-28 mai
1984). L’informatique venait déjà au secours de l’orthographe
traditionnelle.






6.
Et aujourd’hui ?

Le CILF est très présent sur la
Toile (http://www.cilf.fr/f/index.php).
Orthotel” est devenu “Orthonet” (http://www.cilf.org/orthonet.fr.html).
Le site propose un dépannage immédiat en orthographe, des corrections
personnalisées pour des textes courts à contrôler. Un logiciel comme Microsoft
Word contient un correcteur orthographique. Apparemment il suffirait d’un peu
d’attention pour que le problème soit réglé. André Chervel a creusé le même
sillon pendant quarante ans et publié en 2006 “Histoire de
l’enseignement du français du XVII° siècle au XX° siècle
” (Ed Retz) (http://www.diffusion.ens.fr/index.php?idconf=1584&res=conf)
:



Il y a
montré le rôle important tout au long du XIX° siècle des “maîtres d’école”
devenus “instituteurs” pour enseigner et donc imposer cette norme
orthographique dont Labiche montre les ravages. Mais il va plus loin :



http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/12/05/reformer-l-ortografe-pour-l-enseigner_1126561_3224.html
: Dans cet article du Monde il évoque l’ascension puis la descente de
l’orthographe : “En fait, il semble qu'il y ait
eu un apogée de la maîtrise orthographique pendant la première moitié du XXe
siècle, durant la période 1920-1950, au terme d'un long processus enclenché au
début du XIXe siècle. L'orthographe devient peu à peu la discipline reine à
l'école, la dictée est la grande préoccupation du certificat d'études, les
élèves sont surentraînés. Dans la seconde moitié du xxe siècle commence une
baisse de niveau, qui s'est accélérée ces vingt dernières années.”
Surtout André Chervel appelle à un émondage
drastique de notre orthographe avec notamment élimination des lettres
doubles, ce qui nous conduirait à la situation orthographique de l’Espagne ou
de l’Italie.



Les critiques n(ont pas tardé. On les trouve à :


http://skhole.fr/critique-de-la-réfome-de-l-orthographe-d-andré-chervel.


Julien
Gautier émet de fortes réserves sur la réforme envisagée par André Chervel.
Evelyne Charmeux dont il évoque le site est aussi critique que lui : (http://www.charmeux.fr/blog/index.php?2008/12/06/101-pour-que-les-eleves-maitrisent-l-orthographe-il-faut-seulement-l-enseigner-autrement)



Julien
Gautier remarque notamment : “Pour corriger des
copies de philosophie de classes terminales à longueur d’année depuis dix ans,
je peux témoigner du fait que l’orthographe est loin de constituer le plus
grave défaut de la production écrite des élèves d’aujourd’hui : ce qui est
bien plus préoccupant et plus difficile à corriger, ce sont les difficultés
dans la construction des phrases, le manque de richesse et de précision
lexicale et grammaticale, et les problèmes concernant l’élaboration de
développements structurés d’une certaine longueur et ampleur. De même, on peut
penser que si, comme l’affirme l’article du Monde, lui-même dans un style peu
soutenu, les entreprises « en ont soupé de ces jeunes cadres incapables de
rédiger le moindre rapport ou courriel dans un français correct », leurs
griefs ne portent pas seulement ni même d’abord sur les fautes d’orthographe en
tant que telles mais plus globalement sur la maîtrise des possibilités d’expression
écrites dans leur ensemble : un « français correct » ne se
résume évidemment pas à des mots bien orthographiés.”
. Julien Gautier cite enfin sportivement plusieurs sites
qui militent pour une réforme drastique de l’ “ortografe”, allant même plus loin
qu’André Chervel.



Le risque est grand de défigurer la langue et de couper
définitivement les jeunes de leur patrimoine littéraire national. La Chine et le Japon ont élevé
leurs idéogrammes au rang de trésors nationaux. Cette fermeté devrait nous
servir d’exemple.



Un pédaogue du mouvement Freinet, Jean Le Gal, rejoignant ici Evelyne Charmeux s’est posé
une seule question : “Dans le vaste domaine de la pédagogie de
l’orthographe, au terme d’une recherche menée avec les enfants de ma classe, je
n’apporte de réponse qu’à une seule question : comment aider les enfants
à apprendre leurs mots efficacement et rapidement ?”



(http://www.amisdefreinet.org/legal/de-expression-ecrite-a-orthographe.pdf
:



Il
décrit dans ce résumé de ses travaux avec beaucoup de précision comment il y
parvient tout en acceptant à titre transitoire des graphies simplifiées pour
des mots difficiles.



La
simplification de l’orthographe me paraît mener à une impasse. Evelyne Charmeux
en donne des exemples saisissants. Dans le fil de la pédagogie proposée par
Jean Legal il me paraît plus judicieux de permettre aux élèves l’emploi
constant, y compris aux examens, d’un dictionnaire orthographique comme le
vénérable “Vocabulaire orthographique : 50.000 mots du français courant” (Larousse,
1° édition 1938). On pourrait prévoir dans toutes les épreuves y compris
scientifiques un quart d’heure supplémentaire consacré uniquement à la
vérification orthographique. Revenons à la prononciation : “L”évolution
historique en cours laisse présager une unification de prononciation sur
l’ensemble du territoire. Serait-il possible d’imposer à soixante millions de
Français une prononciation homogène ? Diffuser une prononciation standard,
c’est l’affaire tout au plus d’une génération
.” pronostiquaient Claire
Blanche-Benveniste et André. Chervel en 1964. On y est parvenu, grâce notamment
à la télévision et ce français standard s’est imposé comme norme courante.
Certains groupes sociaux, certaines bandes de jeunes se marginalisent en
l’ignorant mais le mouvement est général. Un discours n’est pris en compte
socialement que s’il est correctement prononcé puis correctement rédigé et
orthographié. Le plus préoccupant est, comme le note Julien Gautier le contenu
et sa construction. Je pense qu’on exige des élèves des textes trop longs pour
être correctement médités. Mais ceci nous entraînerait sur des techniques comme
celles du quarante-mots et du deux-cents mots, décrites dans le site
www.retorica.info.



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