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 Le journal d'Angèle...

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Reïna

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Nombre de messages : 2731
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Localisation : Toulon
Date d'inscription : 04/01/2010

MessageSujet: Le journal d'Angèle...   Jeu 29 Avr - 12:48







Jeudi, 22 mai 1962 :


Bonjour mon cher journal…


Il y a quelques semaines, j’ai fêté mes vingt ans… C’est
après-midi, je suis allée me promener, le nez au vent, dans ma robe printanière
et mes sandales blanches. J’allais d’un pas léger, mon sac en bandoulière le
long des allées du Parc… Je suis tellement émue que je préfère continuer de te
raconter ce qui m’est arrivée, demain… J’aurais l’esprit plus clair et je
saurai si je n’ai pas rêvé tout ça !!






Vendredi, 23 mai 1962 :


Coucou ! Me revoilà, fidèle au poste et prête à te
confier mon bonheur. Donc, j’allais droit devant moi, regardant les mamans
promener leurs bébés et les vieilles personnes, assises sur un banc se
rappelant sûrement des souvenirs… L’air sentait bon, un vent léger soulevait ma
chevelure noire bleutée… Je me sentais bien ! Tout à coup, j’entendis un
air de musique venant du kiosque à quelques mètres de moi. Je m’en approchai et
m’arrêtai près de la foule qui écoutait et applaudissait. Derrière moi, je
sentis un regard persistant, fixant ma nuque. Je me retournai décidée à
remettre l’indiscret à sa place, lorsque je reçus le plus beau sourire d’un jeune
homme, charmeur, avec des yeux noisettes, à demi-taquins. Ma colère fondit
comme glace au soleil… Sans me demander mon avis, il me prit la main et
murmura : « on danse ? »



- Ici ? Avec ce monde ? On va nous prendre pour
des fous !



- Des fous ? Mais non voyez, il n’y a personne que
vous et moi… »






Ah, mon doux journal, tu es curieux d’apprendre la suite,
n’est-ce pas ? Et bien tu devras attendre un peu plus tard, j’entends
maman qui m’appelle…












Vendredi, 23 mai 23h30 :


Toute la maisonnée est couchée. Je suis tout à toi et à
mes souvenirs. J’en tremble encore. Je suis heureuse, si tu savais !!



Donc, sans plus attendre, il m’entraîna dans une valse qui
m’étourdit quelques minutes. Mais très vite, je me laissai emporter. Tout
disparut autour de nous : les gens, le kiosque à musique, les arbres dont
les feuilles s’étaient tues. Nous virevoltions, heureux, seuls au monde,
accordant nos pas comme si nous nous connaissions depuis toujours. Quand la
musique cessa, le jeune homme dont le prénom m’était toujours inconnu, déposa
un doux baiser sur mes lèvres, et la main dans la main, d’un commun accord,
nous poursuivîmes notre promenade, sans un mot. Mon cœur battait la chamade et
j’avais l’impression d’entendre aussi les battements du sien.



Toi qui sais tout : est-ce cela qu’on appelle le coup
de foudre ?



Pardonne-moi, mais j’ai les yeux qui piquent. Je pourrais
écrire encore longtemps, mais je dois laisser pour plus tard la suite de mon
récit…






Lundi, 26 mai 15h30 :


Je sus de suite que ce serait lui, l’homme que
j’attendais, celui que j’espérais. J’espère ne pas me tromper ! Il vient
juste de m’envoyer un magnifique bouquet de fleurs avec ces simples mots :
« Pour toi »



Nous nous sommes vus chaque jour depuis notre rencontre et
nous ne nous sommes pas lassés de parler (nous savons tout l’un de l’autre), de
nous caresser, de nous embrasser…






Samedi, 12 mai 1963 13h30 :


Pardonne-moi mon doux et fidèle confident de t’avoir
abandonné pendant toute une année… J’étais toute à ma joie, fébrile, ne sachant
quoi te dire tant j’avais à raconter ; à parler de notre amour, de nos
promesses… Non, je ne m’étais pas trompée. Tout à l’heure, je sortirai,
rayonnante de l’église aux bras d’Eric… Une nouvelle vie commence pour moi,
pour nous.



Je t’embrasse très fort !





Samedi, 12 mai 1983 minuit :


Les années ont passé… D’abord, très vite, dans l’euphorie
d’une union heureuse. Je t’en ai raconté des choses ! Des tendres, des croustillantes,
hi hi hi ; il y en a tellement eues. Je t’ai parlé de notre amour, de la
complicité qui s’était instauré entre nous et d’une certaine télépathie qui
nous avait encore plus rapprochés.



Chacun essayait de
contenter l’autre. Eric arrivait avec des fleurs ou une boite de calissons (mon
pêché mignon), juste pour le plaisir de faire plaisir. Une autre fois, c’était
moi qui avais dressé une table romantique, mis un morceau de musique langoureux
en sourdine, confectionné un de mes repas dont j’ai le secret et placé ça et là
quelques bougies parfumées.



Et puis une certaine lassitude s’installa dans notre
couple, peut-être à cause de cet enfant que nous désirions tant et qui ne
venait pas. Les petites surprises amoureuses ralentirent pour cesser définitivement…
Je t’ai raconté mes larmes, mon désarroi, ma déception grandissante. Nous
prîmes l’habitude de dîner en silence. Et après le repas, la cuisine rangée, je
tricotais, maussade et muette, tandis qu’il lisait son journal en fumant sa
pipe. Une monotonie remplaça les jours heureux des années passées… Nous ne nous
disputions même pas, nous nous ignorions… J’étouffais dans cette atmosphère
routinière qui me faisait verser des larmes et mouiller tes pages. A ce
moment-là, nous étions seuls toi et moi ; je pouvais me laisser aller à
mon chagrin…



Moi aussi je désirais ce bébé. Cette déception aurait dû
nous rapprocher, renforcer notre amour. Mais y avait-il encore de



l’amour ?


Je t’avoue que je rêve à une nouvelle vie, celle qui me
permettra de vivre vraiment, de réapprendre à sourire, à faire des projets. Ce
n’est pas toi qui pourras me contredire ! Tu reçois discrètement ce que je
dépose sur tes feuillets, tu m’apportes soutien et sérénité… A quarante ans,
c’est un bel âge pour reconstruire son existence, se passionner pour tout ce
que je n’ai pas eu le temps de faire, prise par ce bel amour qui s’effrite de
plus en plus. Je pense qu’une séparation s’impose. J’ai encore de l’avenir. A
moi de savoir tracer mon chemin…



Je ne te dis pas adieu, mon doux ami. Il y a trop
longtemps que nous sommes ensemble. Je suis sûre que je vais avoir beaucoup de
secrets à te confier qui me montreront mon évolution et m’aideront pleinement à
m’épanouir…






Angèle
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