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 Rhétorica: Roger Favry

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Reïna

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MessageSujet: Rhétorica: Roger Favry   Jeu 18 Mar - 18:01

AT Jardins 08_06_22 repères





1. Etymologie. Le mot jardin viendrait d’une expression
gallo-romane hortus gardinus “jardin enclos”. (Alain Rey) Une fois
établie l’idée de clôture, il reste à comprendre le mot latin hortus
(d’où vient horticole etc). Celui-ci désigne lui aussi un enclos
! Donc hortus gardinus serait redondant et aurait le sens d’un enclos
soigneusement fermé. Hortus renvoie à une racine indo-européenne
GHER- IV et jardin à GHER- IV également. Cette racine signifie
“saisir” d’ou “enfermer” : sanskrit harati “il prend”, grec : kheir
“main” d’où chirurgie et chorégraphie (“danse dans une
enceinte”), latin cohortis (“enclos, basse-cour”) et anglais court,
courtesy
. Pour le jardin on passe par un hypothétique
francisque *gardo (“clôture”). Anglais garden, yard, gird
(ceindre). Pas de filiation entre *gardo et garder car
celui-ci relève d’une autre racine SWER- I : “garder, protéger, conserver”. et
ancien haut allemand : be-waron “surveiller” d’où viennent garder,
garnir, garer, égarer, gare, garnement, garnison...
(d’après le “dictionnaire
des racines indo-européennes
” de R. Grandsaignes d’Hauterive, Larousse,
1948)






2. Paradis et jardin d’Eden. Ainsi le jardin est un enclos. Le jardin
d’Eden, le paradis terrestre est aussi présenté comme un enclos d’où Adam et
Eve seront expulsés. Paradis vient du latin paradisus, emprunté
au grec paradeisos, calque de l’iranien paradeisos lequel
désignait un parc riche en verdure, généralement garni d’arbres et peuplé
d’animaux sauvages, propriété du roi ou des princes perses. Le mot remonte à
une racine indo-européenne DHEIGH - qui signifie “façonner la terre”,
d’où le sanskrit dehî “rempart”, le grec théikos “mur”, l’iranien
paradeisos “enclos, jardin”, le français paradis mais aussi
le latin fictum “modeler dans l’argile”, “façonner” puis “feindre”, d’où
figura et figure, feinte, fiction, fictif. Du gothique daigs
“pâte” viennent digue, endiguer et l’anglais dough “pâte”, dig
“creuser”.



En
hébreu le terme Eden est emprunté aux langues héritières d’Akkad et de
Sumer où edinu, edin signifie “steppe, désert”. Mais le sens est
retourné en “plaisir”, “délices”. Le jardin d’Eden (gan Eden), c’est le
jardin des Délices, conformément au paradeisos iranien. Gan
signifie plutôt “enceinte”. En Egypte, à Karnak puis à Akhet-Aton, il y avait
un grand temple de 200 m
x 800 entouré de vergers et d’une enceinte. Dans les deux lieux il y avait
jardin, temple et arbre sacré, vignes, bassins d’eau douce. Les fruits de
l’arbre divin donnait au Pharaon et à sa divine épouse savoir, beauté, majesté,
intelligence et longévité. (d’après Sebbah, “Les secrets de l’Exode”,
Livre de Poche).



Enfin
le mot perse a été adopté dans la mystique juive sous la forme PaRDeS pour
désigner une méthode d’analyse des textes, car au paradis, le plaisir des sages
c’est d’analyser et discuter les textes sacrés pour l’éternité.



Dans
la préhistoire, du temps des chasseurs-cueilleurs, il n’y avait ni enclos, ni
jardin, ni limite. La vie telle qu’a tenté de la reconstituer Jean M. Auel dans
sa saga “Les enfants de la Terre”
pouvait passer pour agréable, pour autant qu’on puisse en juger d’après cette
fiction. C’est quand on passe à l’agriculture et à l’élevage qu’on éprouve le
besoin de clôturer son bien. Et le jardin est l’anti-nature par excellence,plus
que le paysage. En même temps le jardin va être un microcosme où l’on essaie de
récréer, de toutes pièces, une nature qu’on ne veut ou qu’on ne peut plus voir.






3. Jardin en mouvement et jardin du feu. Gilles Clément, né
en 1943, est un ingénieur agronome en même temps qu’un paysagiste. Il a
créé une petite révolution avec deux ouvrages “Le jardin en mouvement
(éd Pandora 1991) ainsi qu’un “Eloge de la friche” (éd. Lacouturière et
Frélaut 1994) où il fait la synthèse de ses conceptions. Dans un entretien il
explique : “Le jardin renvoie à une représentation du monde, d’où son succès”.
Le jardin est un lieu clos “destiné à protéger le meilleur - des plantes,
des matériaux et des idées
.” Les espaces verts sont au contraire des
lieux dépourvus de sens. L’explosion démographique et l’accumulation des
connaissances obligent, selon lui, à repenser la planète comme un gigantesque
espace. Nous sommes devenus responsables de la biosphère et de la survie des
espèces vivantes. Alors que le paysage “est ce qui est limité par l’horizon,
la ville ou la nature
”, la planète, conçue comme jardin, conduit à
articuler entre eux de multiples lieux. Il n’y aura pas de maîtrise totale car
le végétal est imprévisible. Il ne s’agit plus de protéger une espèce
mais “la mécanique qui permet à toutes les espèces de survivre”.
D’où l’importance des jardins pour des espèces menacées par l’homme. D’où
l’importance aussi des friches. “On y trouve toutes les richesses
qu’on peut trouver dans un jardin
”. Il suffit de les orienter en suivant
leur mouvement plutôt que de les dominer. “C’est aussi faire le pari qu’on
peut arriver à quelque chose de satisfaisant en investissant davantage sur
l’intelligence d’une mécanique naturelle, plutôt que sur des machines et des
produits. Cette manière d’agir peut être considérée comme le comble de la
sophistication, mais le jardin, qui n’est à aucun moment quelque chose de
naturel, n’est-il pas le comble de la sophistication ?
” Dans le parc
Citroën (Paris) Gilles Clément avait introduit le jardin en mouvement. Au Rayol
(Var) il découvre le jardin du feu. Car tous les paysages sud-africain,
chilien, tasmanien, néo-zélandais, californien et méditerranéen ont en commun
d’avoir “constitué au fil des millénaires une flore qui est non seulement
capable de survivre après le feu mais qui a besoin du feu pour se développer
”.
Il suffit de développer cette dynamique en luttant le moins possible contre la
nature. (d’après des propos recueillis par Emmanuel de Roux, le Monde,
10_12_96)






4. Des paradis sur terre. Pour Monique Mosser, 54 ans, chercheuse et
professeur à l’Ecole du paysage de Versailles, le jardin est le lieu où,
de tout temps, on a vu s’épanouir la philosophie, la mystique et les
beaux-arts. Aujourd’hui c’est aussi un poste d’observation sur une planète
polluée et un lieu de rencontre pour les questions de notre époque. Pour elle,
les jardins sont imaginaires. Historienne d’art spécialisée dans
l’architecture, elle croit au petit dieu des grecs, Kairos, le dieu du moment
opportun qu’il faut savoir saisir. Par hasard, elle a rencontré un texte de
Jurgis Baltrusaitis (1903 - 1988), historien d’art, d’origine lituanienne,
curieux de tout et notamment des jardins du XVIII° siècle. Il y explique qu’un
jardin est une petite encyclopédie vivante. Dès lors tout s’enchaîne et Monique
Mosser rencontre dans les années 70 beaucoup de personnes qui veulent
sauver des jardins. Vingt ans après les jardins font partie du
patrimoine. “Je dis souvent à mes élèves que le jardin ça va de la binette à
Dieu. L’homme y apporte ce qu’il a de plus beau. Il y met des fleurs, même en
plein désert il y fait courir de l’eau
”. Le jardin originel c’est une
palissade de bois qui enoure un arbre sacré. “Eh bien, cet enclos originel,
on peut le voir aujourd’hui partout en Inde, dans les villages. Les gens
s’attardent près de cette palissade enserrant étroitement l’arbre, les
femmes accrochent des bracelets dans les branches, apportent des offrandes.
Parfois un génie est sculpté dans l’arbre
”. En Inde, comme autrefois en
Grèce, on admet qu’un lieu, qu’une vallée, une source ou un arbre ont un génie
propre. Et le jardin est un lieu qui appelle l’homme. C’est quelque chose
d’interdisciplinaire. “Rien n’est plus près du jardin que la danse ; les
notations chorégraphiques au XVIII°s ressemblent à des dessins de parterres de
la même époque
”. Des jardins permettent, par des organisations spécifiques,
de se poser concrètement des problèmes aussi importants que l’eau, la pollution
ou les racines. Charles Jenks, critique d’art qui a écrit le premier sur la
post-modernité, a créé avec sa femme, Maggie Keswik, un jardin en Ecosse, un
jardin “où ils ont développé une réflexion à la fois sur la géomancie
chinoise et sur la physique, qui passionne Jenks. S’y promener est une
expérience étonnante : quand on marche tout bouge tout le temps, les points de
repère se déplacent. En tout cas, c’est mon impression. Jamais deux personnes
ne vivent l’espace de la même façon
”. (Voir item 5) Vivre en ville
n’est pas une fatalité comme le pense l’occident : “Mais, en Inde, la grande
majorité des gens vit à la campagne et, là, ils ne souffrent pas de la faim. Ce
sont les villes qui posent problème. Il faudrait peut-être s’interroger,
proposer des contre-modèles
”. A Chitradurga (Etat de Karmataka,
Inde), on a remis en culture les plantes médicinales traditionnelles dans
des jardins où elles sont regroupées en fonction de leurs vertus pour les yeux,
la bouche, le ventre etc. Tout un réseau d’écoles et de dispensaires s’est
développé à partir de cette activité. Il faut tout repenser . “Un jardin sur
dalle, ça ne va pas, quels que soient les efforts des concepteurs, parce qu’un
jardin suppose un contact physique avec le sol. Heureusement, il y a des
exceptions très réussies, comme la promenade suspendue que l’on peut faire à
Paris, le long de l’ancienne voie de chemin de fer de la petite ceinture. On se
balade en hauteur, dans les arbres, c’est déconcertant et poétique
”.
(d’après des propos recueillis par Dominique Louise Pélegrin, Télérama,
28_03_01).






5. Le jardin de la spéculation cosmique. (Voir item 4) Conçu
par l’architecture Charles Jenks, qui a travaillé sur une propriété de sa
belle-famille, c’est un parc vallonné de 12 hectares traversé
par une rivière tumultueuse et poissonneuse. Ce jardin est situé en Ecosse, à 120 km au sud-est de
Glasgow. “Les moutons dans les pâturages laissent tout à coup la place à des
formes étrangers, toutes en courbe, à des plans d’eau et à des structures
métalliques reflétant la lumière ; un gazon d’un vert éclatant, comme si le paysage
était posé là, donne à l’espace une nouvelle dimension
”. Ce jardin conjugue
les théories du cosmos et les hypothèses sur les origines de notre univers. Ce
jardin est une cosmogonie. Charles Jenks explique : “En dessinant un jardin,
les problèmes sont à la fois pratiques, fonctionnels et philosophiques.
Parfois, on travaille avec la nature, et parfois contre elle. Mais avec sa
propre façon d’être cahotique et organisatrice, et en étant parfois capable de
provoquer des dégâts incroyables, la nature, bien plus douée que nous,
s’exprime également dans le projet. Le dialogue est constant
.” Dans une
partie du jardin il a créé un univers-cascade avec une fontaine alimentée par
une pompe en mouvement perpétuel . En équilibre au-dessus de la mare : “la
fontaine représente
, dit-il, un univers auquel les lois
électro-magnétiques, de la gravité et les interactions fortes et faibles
fournissent un équlibre parfait
.” Le lit de la rivière recèlent des pierres
d’une incroyable perfection qui remontent à la nuit des temps. D’un “optimisme
tragique”
selon ses termes, il a adopté une hypothèse conçue par le
scientifique britannique James Lovelock : la terre se serait auto-régulée à
partir de gaz chaotiques, de poussières et de volcans, dégageant ainsi un ordre
du chaos pour en faire un ensemble vivant. Le tragique n’est pas loin : l’avion
de la Pam Am
s’est écrasé sur la ville de Lockerbie, à 20 kms. Il pense qu’une catastrophe
peut avoir des conséquences fabuleuses. Pendant 160 millions d’années les
dinosaures ont régné, dit-il, sur notre planète “dévorant toute espèce plus
grosse que le poing. Alors on peut dire que l’impact de cet astéroïde géant
constitue la meilleure catastrophe que la terre ait pu subir. En voilà une que
l’on ne risque pas de regretter, n’est-ce pas ?” (d’après un reportage de Maguy
Day, le Monde 2, 09_09_06)






6. Quel avenir pour la biodiversité de nos jardins ? Les premières
traces de l’agriculture remontent à 10.000 ans. Au début du XVIII° siècle,
Thomas Fairchild a créé la première plante hybride d’Europe. En 1930 Le
Congrès des Etats-Unis adopte la première loi sur les brevets d’obtention
végétale, ce qui permit de breveter le vivant. Les grands semenciers cherchent
à maîtriser toute la production grainière grâce notamment en France et en
Europe à l’homologation des variétés hybrides qu’ils contrôlent. Les variétés
hybrides ne sont pas des OGM. Les plantes sont fécondées artificiellement pour
produire des plans uniformes et performants mais qui perdent en saveur et
rusticité. De plus les graines sont stériles.Le producteur est obligé de
d’acheter sa semence. Au contraire, les variétés non hybrides et non contrôlées
par les grands semenciers ont des comportements quelquefois aléatoire
(germination, taille, termps de maturation) mais elles possèdent une grande
rusticité et une grande adaptabilité.



Le
potager du Château de la
Bourdaisière, à Montlouis conserve 400 variétés de tomates
sur un hectare. Mais la loi “98 95 CE” interdit de vendre ou même d’échanger
des graines ne faisant pas partie du catalogue officiel. Consciente que cette
loi protège moins le consommateur qu’elle ne représente un danger grave pour la
biodiversité l’Europe en assouplit l’application selon les pays. Ce n’est pas
le cas pour la France
où l’association Kokopelli qui diffuse depuis 15 ans une très grande variété de
semences anciennes a perdu son procès et été condamnée à verser 12.000 € au
semencier Baumaux et 23.000 € à l’Etat et à la fédération des industriels de la
semence.




Ceci n’existe ni au Canada ni en Suisse. Dans ces deux pays aucune loi
n’empêche la vente de graines anciennes. Au Canada Monsanto et d’autres
semenciers essaient de réglementer le marché et les producteurs alternatifs se
sont regroupés en syndicat pour mieux leur résister. En Suisse l’association
ProSpecieRara recherche d’anciennes variétés, les décrit ert collabore avec des
semenciers pour commercialiser environ 150 plantes susceptibles de satisfaire
les consommateurs. Son porte parole explique : “Nous envoyons des graines à
nos adhérents qui les sèment et nous renvoie leur production de semence
après récolte”
. Des légumes sont vendu avec le label de qualité
ProSpecieRara. (D’après Catherine Keller, La Grande Epoque,
Genève, 15_03_08)






7. Jardin, tapis, maison. Chez les soufis, on aurait une série d’équivalences
: jardin = tapis (de prière) = maison = connaissance. “Mon tapis est ma
maison
” est un proverbe arabe. Par ailleurs le jardin - tapis est divisé en
quatre parties avec quatre fleuves comme au Paradis. Au Japon le jardin, jardin
sec, jardin zen, est destiné aux personnes instables ou excessives. Le jardin
sert à maîtriser la peur, à développer la maîtrise de soi. Il s’agit de
parvenir à l’état de désengagement mental afin d’entrer en contact avec le rêve
qui existait avant la réalité. Un dernier trait humoristique qui ne concerne
plus le jardin mais la maison, quoique... Un sage taoïste reçoit un ami
confucéen, lequel est profondément choqué car le taoîste est nu : il n’a ni
robe, ni pantalon et s’amuse de la gêne de son visiteur. Il lui dit avec
beaucoup de sérieux : “Pour un taoïste sa maison est son pantalon.
Que venez-vous faire, cher ami, dans mon pantalon ?
” (Sources non
identifiées)
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