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 PASCALINE...

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Reïna

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Localisation : Toulon
Date d'inscription : 04/01/2010

MessageSujet: PASCALINE...   Jeu 25 Fév - 16:00

PASCALINE








Elle attend calmement sereinement dans
son lit, le moment du grand départ. De temps en temps, des soupirs s’échappent
de sa poitrine étroite. Son regard se porte sur la fenêtre ouverte où son
minuscule jardin la relie encore au monde des vivants. Elle sourit, émue en
regardant le seul arbre, planté il y a fort longtemps par son mari, et dont les
branches se balançant au gré du vent, viennent presque jusqu’à ses vitres. Que
de souvenirs cet arbre lui rappelle-t-il ! Elle y a fait ses siestes à
l’ombre de son feuillage ; tricoter et broder, assise tout contre son
tronc ; partager des repas succulents mijotés par celui qui est parti avant
elle, trop tôt, la laissant désemparée, sans enfants…



A présent, elle le sent, elle le sait,
son tour est venu de quitter cette terre où elle fut heureuse, choyée par Lui,
son Charles, son amour de toujours, son seul amour. Ils avaient dix-sept ans
tous les deux lorsqu’ils se sont rencontrés et pendant cinquante ans, ils ne se
sont plus quittés !



Ils auraient voulu avoir des enfants à
aimer, il y avait tant d’amour dans leur cœur… Mais leur désir si fort n’a pu
être exaucé. Ils ont vécu l’un pour l’autre, l’un avec l’autre, mais gâtant
neveux et nièces, recevant avec la même simplicité, la même joie famille et
amis.



Aujourd’hui, étendue seule dans son lit,
à demi paralysée, elle ne reçoit la visite que de son médecin et de
l’infirmière qui vient lui donner des soins. Comme elle est douce cette
« petite » ; elle peut bien dire « petite »,
vingt-cinq ans tout au plus ; dans sa bouche c’est un mot affectueux. Elle
est douce Marjorie, mais aussi prévenante, affectueuse ; on sent qu’elle
aime son métier, les personnes âgées et diminuées comme elle. Elle passe trois
fois par jour et Pascaline attend ses visites, les yeux rivés sur la porte,
lorsqu’elle ne regarde pas le jardin. Avec Marjorie, c’est à chaque fois un
rayon de soleil qui pénètre dans la maison. L’infirmière lui raconte ce qui se
passe au-dehors tout en lui faisant la toilette ; un coup de peigne, un
massage sur tout le corps, une chemise de nuit toute propre, et, avant de
partir, elle dépose un baiser sur son front. Pascaline n’est alimentée que par
perfusion et rêve du goût des aliments qu’elle aimait.



Elle n’en veut pas à ceux qui l’ont
oubliée ; aux visites qu’elle n’a plues, elle qui recevait avec tant de
plaisir. Elle comprend que les gens n’aiment pas voir la déchéance des
autres ; ils ont peur, peut-être d’y voir le reflet de ce qui pourrait
leur arriver… Mais un peu de lecture, un sourire d’un parent ou d’un ami lui
donneraient un peu de baume au cœur.



La solitude est lourde à supporter bien
qu’elle passe et repasse dans son esprit les jours heureux disparus ; sa
fierté et son bonheur de danser aux bras de son mari ; leur longue
promenade à travers la campagne ; leurs diners en amoureux pour fêter des
anniversaires ou juste pour le plaisir..






Depuis deux soirs, son cher Charles est
venu lui rendre visite. Le premier soir, il s’est approché jusqu’à la tête de
son lit, avec toujours le même doux sourire, le même regard tendre et les yeux
rieurs, pétillants de malice. Le second soir, il est resté à la regarder
longuement et elle a senti un léger souffle sur son visage. Puis, avant de
disparaître, du bout des doigts, il lui a envoyé un baiser et, de la main, il a
fait un signe d’au revoir. Quel bonheur de l’avoir vu. Elle sait que bientôt,
elle va pouvoir marcher près de lui, retrouver l’usage de ses membres et connaître
tout ce qu’elle a tant de fois imaginé… Sur sa table de chevet, dans un petit
carnet, elle a consigné pour l’infirmière, ses dernières volontés, jusque la
musique qu’elle aimera entendre à l’église. Elle sait que Marjorie respectera
tout scrupuleusement.






Un désir très fort la hante :
devenir une petite mouche pour voir quels sont les gens aux « principes
conventionnels » qui seront là pour l’accompagner à sa dernière demeure.
Certains verseront quelques pleurs (cela se fait beaucoup aux enterrements) ;
d’autres diront quelques phrases pour louer son caractère agréable et sa
gentillesse !! D’autres encore, se contenteront de baisser la tête,
peut-être un peu honteux de n’avoir plus donné signe de vie. Ou bien alors,
plus sûrement, il n’y aura que le médecin et Marjorie pour suivre son
corbillard.






Mais au fait, se dit-elle, pourquoi une
mouche ? Elle sait pertinemment qu’elle pourra tout voir avec les yeux de
son âme.







Fin



Le 20 août 07
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